Chemins de montagne
Les sentiers ou Gaueko punit les marcheurs de la nuit.
— Le seigneur qui regit les heures obscures —

Gaueko est le genie de la nuit, le seigneur absolu des heures obscures. Sa proclamation est claire : "Gaua gauekoarentzat" — la nuit appartient a celui de la nuit, autrement dit : la nuit est a moi, la nuit appartient a Gaueko.
Quand le soleil se couche, son domaine commence. Celui qui travaille aux champs apres le crepuscule, celui qui emprunte les sentiers a une heure indue ou celui qui ose accomplir des taches nocturnes envahit son territoire et defie son autorite.
Le chatiment de Gaueko est terrible : coups invisibles, egarement dans des lieux familiers, maladie soudaine ou meme mort. Les anciens racontaient des histoires de charbonniers, de bucherons et de bergers disparus pour n'avoir pas respecte la frontiere sacree entre le jour et la nuit.
Seul le respect de cette limite garantit la securite du mortel qui connait les regles de l'ancien monde. La nuit appartient a d'autres etres : a Gaueko, a Inguma, aux esprits qui errent quand les humains devraient etre a l'abri dans leurs maisons.
Les sentiers ou Gaueko punit les marcheurs de la nuit.
Les espaces de travail ou il etait interdit de travailler apres le crepuscule.
Gaueko incarne l'une des frontieres morales et cosmologiques les plus fortes de la tradition basque : l'idee que le temps lui-meme est partage entre le monde humain et le royaume des etres qui appartiennent aux tenebres.
Il n'effraie pas pour le seul plaisir de la peur. Gaueko impose un ordre sacre. La nuit n'est pas seulement absence de lumiere, mais un domaine qui a son maitre, ses lois et ses dangers.
C'est pourquoi les anciens recits insistent tant sur ceux qui rompaient la regle en travaillant, en marchant ou en chassant apres le coucher du soleil. Gaueko transforme la desobeissance en chatiment et rend le paysage lui-meme hostile au transgresseur.
La legende conserve une vision du monde dans laquelle survivre dependait de la comprehension du rythme et de la limite. Respecter la nuit, c'etait respecter la structure meme du monde.