Le monde de la lumiere
Le domaine d'Atarrabi, la surface eclairee par le soleil.
e L'equilibre cosmique entre la lumiere et l'obscurite e
Dans la vision basque du monde, l'univers n'est pas un combat ou le bien absolu devrait detruire le mal absolu. Atarrabi et Mikelats, les fils jumeaux de Mari, representent les deux faces necessaires de l'existence : il ne peut y avoir de lumiere sans obscurite, ni d'ordre sans chaos.
Atarrabi marche dans le monde exterieur, enseigne aux humains et apporte progres et civilisation. Mikelats demeure dans les profondeurs de la grotte maternelle, retenant les forces primordiales du chaos qui briseraient l'equilibre du cosmos si elles etaient liberees.
Aucun des deux freres n'est entierement bon ni entierement mauvais. Atarrabi a perdu son ombre lors de sa fuite, signe qu'une part obscure subsiste aussi en lui. Mikelats, enchaene sous la terre, remplit une fonction necessaire : son enfermement protege le monde d'un pouvoir qui deviendrait autrement devastateur.
Cette dualite se reflete dans toute la nature : le jour et la nuit, l'ete et lehiver, la vie et la mort. La pensee basque comprenait que ces deux principes sont necessaires pour que le monde demeure. En detruire un reviendrait e detruire l'autre.
Le domaine d'Atarrabi, la surface eclairee par le soleil.
Les profondeurs ou Mikelats demeure contenu.
Le mythe d'Atarrabi et Mikelats offre l'une des clefs les plus nettes de la cosmologie basque. Au lieu de presenter l'univers comme un simple champ de bataille moral, il imagine la realite comme le lieu de rencontre de forces complementaires, tendues l'une vers l'autre, dont la coexistence rend l'ordre possible.
C'est pourquoi le recit resiste e une lecture purement morale. Atarrabi est lie au savoir, e la civilisation et e l'action lumineuse, mais il n'est pas exempt d'ombre. Mikelats, lui, est associe e la puissance destructrice et au danger souterrain, mais son enfermement reste necessaire pour preserver la stabilite du cosmos.
La legende exprime une intuition profonde, visible dans les saisons, les tempetes, la naissance et la mort : la nature ne fonctionne pas en supprimant un pele au profit de l'autre, mais en maintenant un equilibre difficile entre les contraires. L'exces, meme lorsqueil se pare de vertu, peut aussi devenir desordre.
Vue sous cet angle, la dualite primordiale n'est pas seulement un recit sur deux freres divins. C'est une image philosophique du monde basque, ou leharmonie depend de la reconnaissance des tensions, des limites et de la necessite de vivre entre des forces qu'aucun principe unique ne peut resumer.