Sentiers de montagne
Les sentiers que les Intxixu font dispara?tre pendant les nuits de brume.
— Quand les Intxixu effacent les chemins de la montagne —
Un soir d?automne, Patxi, berger de Zugarramurdi, regagnait son troupeau par un sentier qu?il connaissait parfaitement. Mais une brume ?paisse descendit de la montagne, et dans cette opacit? il entendit pour la premi?re fois le rire aigu des Intxixu.
D?abord, il crut que ce n??tait que le vent entre les rochers. Puis le rire se multiplia de toutes parts, et lorsque le silence retomba, le chemin semblait avoir disparu.
Patxi marcha toute la nuit en croyant revenir vers les siens. Pourtant, chaque rep?re familier se d?pla?ait, s?effa?ait ou r?apparaissait ailleurs, tandis que le rire continuait de l?accompagner dans le brouillard.
? l?aube, lorsque la brume se leva, il se retrouva exactement au point de d?part, pr?s de la source de la montagne. Son troupeau paissait tranquillement, mais lui avait vieilli comme si la nuit avait dur? bien plus qu?une seule veille.
Les sentiers que les Intxixu font dispara?tre pendant les nuits de brume.
Les hauteurs basques o? brouillard et d?sorientation nourrissent ces r?cits de perte.
L?un des traits les plus troublants de cette histoire est le d?calage entre l?espace r?el et l?exp?rience v?cue. Le berger ne traverse qu?un petit secteur du paysage, mais le temps et la direction s?y d?font.
La l?gende dit ainsi quelque chose de la montagne basque : elle n?est pas seulement dangereuse par son relief, mais parce qu?elle peut devenir m?connaissable lorsqu?elle passe sous l?autorit? d?autres puissances.
L?explication traditionnelle n?est pas celle d?une simple erreur d?orientation. Le berger p?n?tre un temps ?tranger, superpos? au n?tre, qui le retient jusqu?? ce qu?il soit rel?ch?.
C?est pourquoi le r?cit ne parle pas seulement de peur, mais de dislocation du r?el. Les Intxixu ne se contentent pas de cacher un sentier : ils d?placent la relation m?me entre le voyageur, le temps et la montagne.